Pick-up

J'aimais monter à l'arrière du pick-up quand on sortait avec mon père dans la campagne. Il y avait une petite fenêtre et je pouvais voir sa nuque, son chapeau et le chemin devant. Ce que je préférais c'était quand la camionnette sautait à cause des trous, des bosses et aussi les éclaboussures de boue dans les flaques. J'aimais aussi quand ça allait vite et que je sentais le vent sur mon visage.

Nous sortions souvent en fin de journée et nous rentrions tard dans la nuit car mon père discutait longtemps avec les paysans voisins. Je préférais rester à l'arrière de la camionnette à l'attendre, ou bien je descendais pour m'amuser à lancer des cailloux.

Une nuit lors d'un arrêt qui m'a semblé très long il est enfin sorti de la maison. La porte semblait petite mais mon père était grand. Il souriait et tenait dans sa main par les oreilles 4 ou 5 lièvres qui paraissaient vivants, mais c'est parce que son bras les faisait se balancer.

Il plaça les lièvres à côté de là où j'étais assis. Il dit quelque chose dont je ne me souviens plus aujourd'hui, puis il s'installa dans la cabine, claqua la porte bruyamment et démarra.

Je regardai les bêtes : elles mortes, moi non, nous bougions ensemble au rythme de la camionnette. J'ai vu du sang couler : rouge sur le plancher blanc en métal, ça se mélangeait à la boue, à l'urine et aux excréments des animaux. Ils se vidaient car ils étaient morts.

Je devais lever les pieds quand mon père freinait ou accélérait car ça formait comme une petite vague qui allait et venait vers moi.

Il y avait une odeur très forte.

A un moment la camionnette sauta sur une grande bosse et je faillis tomber sur les animaux morts mais je réussis à me retenir au dernier moment. Alors tout a commencé à me faire très peur, je me souviens plus bien, mais je me mis à crier et à pleurer et à taper sur la vitre. Mon père n'entendait pas. Je voulais descendre et m'enfuir loin. Quand on est arrivé enfin il m'a vu en larmes. J'avais beaucoup de peine, je n'avais pas aimé voir tout ça.