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Copyright Patrice de Santa Coloma |  Sarah - Plasticienne

Sarah - plasticienne

Quand je sors de ma grotte sombre et humide qui me sert d'atelier (j'exagère un peu) je suis aveuglé par la lumière.

Chez Sarah, son soucis du détail amène l'oeil à se promener dans un arrangement délicat. C'est la clarté et le calme de son espace qui me surprennent le plus.

- "Tu restes déjeuner ?"

- "Oui, volontiers."

Salade de quinoa aux agrumes et menthe fraiche, eau pétillante. Nous déjeunons dans le jardin sous un soleil printanier. Un cadre idyllique qui semble à première vue plus propice au farniente.

C'est qu'il ne faut pas se fier aux apparences : derrière le décor, se cache le travail, le dur, le pénible, l'acharné. La volonté farouche, insensée, qu'ont certains artistes de mener un projet à bien coûte que coûte tout en préservant leur intégrité et en gardant la tête haute.

Des dessins d'enfant au mur, un solénoïde vieille antenne TSF rouillée, un tissu aux motifs 70. Sur l'iMac le travail d'une céramiste italienne {son nom m'échappe *} présenté au dOCUMENTA. Espace dans l'espace, prolongement de la salle à manger. La céramiste a sorti la vaisselle pour mettre la table : drôles de choses que ces protubérances en forme de vermicelles ou de bacilles géants qui sont négligemment posés sur des chaises et ordonnés sur la table.

{en situation de contre jour je ne sais jamais, pour l'exposition, s'il faut enlever ou ajouter un diaph}

Comme pour Sarah, sous la surface l'on devine le travail et l'aboutissement d'un projet, l'image n'est pas là pour faire joli, mais montre tout le chemin parcouru par l'artiste pour présenter son oeuvre.

Sarah a pris elle même cette photographie à l'occasion de sa visite de l'exposition. Et c'est l'image projeté sur son écran Retina (TM) que je prends maintenant à mon tour. Une restitution à postériori d'une image de 2013 passée au travers de différents tamis numériques (et argentique) pour finir dans le flux et la temporalité de Facebook.

Là-bas, en terre de Kassel, pas de dossiers ou appel à projets, ni vote du public, ni prix de la ville ou du jury ni don ou ventes aux enchères d'oeuvres pour du caricatif. Faut de tout pour faire un monde... un marché à deux vitesses des artistes repérés et pré-sélectionnés qui ont déjà bien tourné sans mal tourner. On se déplace pour voir ce qu'il s'y passe et ce qui s'y fait.

Ici, depuis quelques années je suis Sarah et ses projets, pas de monumental, ni de spectaculaire mais des grands projets tout simplement. Sarah déchiffre et défriche de nouveaux sentiers qui l'amènent sur des terrains inexplorés où prime la découverte et la rencontre avec l'autre.

C'est sa sincérité et sa curiosité que l'on perçoit et qui se dégage de tout son travail.

 

* Anna Maria Maiolino au dOCUMENTA(13)